Portrait

Jonas Ovomo Assoumou, chantre de la décolonisation et illustre maire de la ville de Bitam

Jonas Ovomo Assoumou, chantre de la décolonisation et illustre maire de la ville de Bitam
Jonas Ovomo Assoumou, chantre de la décolonisation et illustre maire de la ville de Bitam © 2022 D.R./Info241

A l’approche de la fin de la décolonisation, pléthore d’africains de la diaspora formant l’élite « noire » à travers la planète s’organisent pour l’émancipation de la pensée et de l’affirmation de la culture africaine. Du 19 au 21 septembre 1956, se tint à Paris dans l’amphithéâtre Descartes de l’Université de la Sorbonne, le premier congrès international des écrivains et des artistes noirs visant à initier la marche des peuples colonisés vers l’acquisition de leur liberté de disposer d’eux-mêmes.

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Imitateurs des acteurs de la Conférence de Bandung de 1955, les membres de cette rencontre au combien historique, prônèrent pour un non-alignement et la mise en musique d’une indépendance réelle de leurs pays d’origine présents sur le continent africain, dans le conflit mondial dit de « Guerre froide » animé par deux blocs distincts qui s’opposait frontalement : celui des Etats-Unis et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) avec son idéologie communiste. Ce subtil composé de l’intelligentsia africaine comprenait en son sein, plusieurs étudiants issus des DOM-TOM (Département d’Outre-Mer/ Territoire d’Outre-Mer) qui bataillaient avec ferveur, pour la cause africaine et l’élimination des chaînes de la servitude coloniale.

L’illustre disparu et l’un de ses fils

Un gabonais, n’ayant même pas encore la vingtaine, du nom Jonas Ovomo Assoumou (1937-1993) y prit part et se fit remarquer par sa faconde et son entrain par les grands chantres de la « Négritude » à l’exemple des anticolonialistes martiniquais Aimé Fernand David Césaire ou de Frantz Fanon ou encore de l’avocat et militant politique franco-algérien, Jacques Camille Raymond Vergès. D’une intelligence remarquable et sagace, Jonas Ovomo a toujours été l’un des élèves majors des établissements qu’il a fréquenté.

Quand ses études arrivent à leur fin, il regagne sa nation pour y apporter investissement personnel. Il finira comme beaucoup de jeunes diplômés de l’époque, à collaborer aux côtés du président Bongo qui régnait sur le Gabon d’une main de fer et placé pendant longtemps sous le joug de Paris, situation vomie cet épigone des pères de l’anticolonialisme au moment de sa lutte coloniale pendant sa vie estudiantine. Jonas Ovomo Assoumou, fils dévoué du Nord du pays, s’y impliqua politiquement notamment au sein de sa ville de naissance pour y encourager son développement.

 Venue au monde

C’est dans la colonie française d’Afrique appelé « Gabon » comprise dans l’administration générale de l’Afrique équatoriale française (AEF) que Jonas Ovomo Assoumou fut né le 8 novembre 1937 dans un village avoisinant la région de Bitam situé au Nord du pays dans l’actuelle province du Woleu-Ntem.

 Cursus

Très jeune déjà, le petit Jonas Ovomo Assoumou avait développé une délicatesse très surprenante dans l’expression. Son ardeur et son désir brûlant d’être envoyé à l’école encouragea ses parents à s’empresser de le faire une fois le moment venu. Quand il eut l’âge de commencer à être enseigné, il démontra toutes ses capacités cognitives et on disait déjà de lui aux cours primaires élémentaires, qu’il était très brillant. Après d’admirables études primaires qu’il clôture avec son Certificat d’études primaires élémentaires, Jonas Ovomo Assoumou est envoyé au lycée Félix Eboué de Brazzaville, établissement éponyme de l’ancien Gouverneur général de l’AEF de 1941 à 1944, Adolphe Sylvestre Félix Eboué.

Il y décroche son baccalauréat et son nom se trouve parmi celui des majors de son école lors de l’examen. A ce titre, les efforts scolaires de Jonas Ovomo Assoumou sont récompensés d’une bourse d’études à l’étranger. On l’envoie dans la capitale française dans les années 1950 où il est reçu à l’Université de la Sorbonne pour entamer des études universitaires. Il y sort notamment nanti d’un diplôme en arts plastiques lors de ses études en sciences humaines.

 Activisme politique

Lorsqu’il arrive étudier en Hexagone après le milieu des années 1950, Jonas Ovomo Assoumou s’intéresse, comme il était de coutume à l’époque, aux différents mouvements pro-indépendantistes et anticolonialistes de ses semblables africains venus comme lui accroître leurs savoirs dans les différentes Grandes Ecoles et Universités françaises. Au moment où devait se tenir le 1er congrès international des écrivains et des artistes noirs sous l’égide d’Alioune Diop, créateur de la maison d’édition « Présence Africaine », le jeune Ovomo s’y invita et prit part aux différents débats et travaux. Il s’était pour cela bien cultivé sur les enjeux politiques du moment en lien avec le continent dont il était originaire.

Le vent des indépendances des anciennes chasse-gardée françaises s’élevait à l’horizon. Le cordon ombilical qui reliait les anciennes dépendances africaines à leurs différents colonisateurs était en train d’être rompu de toute part. l’année d’avant, il s’était tenu à Bandung en Indonésie, du 18 au 24 avril 1955, une conférence inédite des nouveaux pays souverains afin de notifier à leurs « partenaires » occidentaux, leur neutralité et leur désir d’une coopération juste et équitable. En effet, ces 29 Etats d’Afrique et d’Asie nouvellement indépendants, ne voulaient plus subir d’injonctions de celles qui fut trop longtemps les Métropoles dans lesquelles se décidaient leur avenir.

C’était aussi en cela que s’inscrivit la majorité des interlocuteurs africains présents au premier congrès des écrivains et des artistes noirs réunis à l’Université de la Sorbonne, lieu choisi symboliquement pour la circonstance. Véritable temple de la pensée et de l’enseignement français, ce Haut-Lieu de l’éducation à la française servit de tremplin aux initiateurs de la concertation pour davantage capter l’attention des gouvernements occidentaux pour qu’ils puissent rapidement œuvrer à rétrocéder aux africains, leurs terres qu’ils confisquèrent sans l’once d’un quelconque ressenti, bien aidés par des traîtres au sein même des résistances et de diverses luttes.

Jonas Ovomo Assoumou attira sur lui, le regard d’un avocat franco-algérien du barreau de Paris, âgé d’une trentaine d’année, du nom de Jacques Camille Raymond Vergès qui était aussi un perspicace militant pour la « libération » idéologique et politique des peuples africains. Un philosophe et écrivain martiniquais s’appelant lui, Frantz Fanon, fut aussi sous le charme de ce jeune Monsieur, de très loin son benjamin, qui avait un atticisme insoupçonné et une clairvoyance indélébile sur les thématiques en corrélation avec les modalités d’octroi de la souveraineté ou encore la sauvegarde de la culture et de l’expression africaine. Ils se rencontrèrent bien souvent à l’occasion de réunions organisées par des associations d’étudiants africains à Paris mais Jonas Ovomo Assoumou souhaitait, plus que tout, finir ses études et regagner sa terre natale.

 Office professionnel

A la demande du président Bongo, Jonas Ovomo Assoumou est approché en France pour rejoindre le Gabon, déjà qu’il est à la fin de son cursus. Il se montre conciliant et regagne son pays. Sur place, il est très rapidement copté par l’administration publique gabonaise pour y devenir un fonctionnaire de l’enseignement. Jonas Assoumou commence donc à dispenser des cours d’arts plastiques au Lycée national Léon Mba. Avec l’emblématique proviseur dudit établissement, Luc Marat, Abyla, ils fonderont et superviseront au début des années 1970, le mythique club de football « Les Anges ABC » qui révèlera plusieurs jeunes talents. Le modèle d’enseignement de cette époque était l’exemple type de l’implacabilité, de la fermeté ainsi que de l’éminence qui caractérisait la pensée pédagogique gabonaise. Dans le même temps, Monsieur Ovomo Assoumou était aussi enseignant de dessin, au lycée technique d’Owendo rebaptisé Lycée technique national Omar Bongo (LTNOB).

 Carrière politique

Jonas Ovomo Assoumou s’est très vite lancé en politique pour être élu locale de la ville de Bitam qui est devenue une commune à part entière. Il envisage de briguer la municipalité centrale. Sieur Assoumou se fait facilement élire à l’un des sièges du département du Ntem sous l’étiquette du Parti démocratique gabonais (PDG). Soulignons que le retour sur le territoire de celui que l’on appelle affectueusement « King Joe » ou « vieux Joe » a été précipité par le président Omar Bongo, qui depuis le Gabon, avait un regard averti sur l’élite gabonaise qui se formait en France. Donc quand Jonas Assoumou rentra au « bercail », il ne put que jurer fidélité au Parti-Etat qui selon le chef de l’Etat, constituait l’unicité des gabonais.

Les quelques récalcitrants étaient neutralisés et « King Joe » nourrissait des ambitions pour son Bitam natal. Il rallia alors les rangs du PDG et se fit élire sans discontinuité à son siège jusqu’à sa disparition ; il a même occupé la fonction de Secrétaire général du bureau politique du PDG dans sa circonscription. Il fut aussi président du groupe d’amitié franco-gabonaise au sein du Parlement gabonais. « Vieux Joe » a aussi été 3ème vice-président au sein de l’hémicycle, président de la commission des finances à l’Assemblée nationale et chef ainsi que porte-paroles de délégations gabonaises parlementaires au sein de l’Organisation des nations unies (ONU) pour le compte de l’Union des parlementaires africains. Jonas Ovomo Assoumou fut aussi membre de l’Union des parlementaires africains.

Quand il arrive à la mairie de Bitam vers le milieu des années 1970, Jonas Ovomo Assoumou veut faire de sa ville, un havre de paix, de réussite et d’excellence. Pour ce faire, il priorisa d’abord les aspects sanitaire et esthétique de sa commune. « King Joe » créa un service d’hygiène urbain consistant à collecter les déchets ménagers des riverains. Un ramassage journalier des ordures ménagères est mis en place pour éviter l’entassement de ces détritus qui pouvait engendrer des infections voire des maladies. L’édile de Bitam embellira par la suite le marché central de son environnement pour le rendre plus attractif aux yeux des touristes et de ses administrés.

Rigoureux et amoureux du savoir, Jonas Ovomo Assoumou avait fait de l’éducation des enfants surtout des plus jeunes, un de ses principaux chevaux de bataille. Il n’hésitait pas à sillonner les débits de boisson diurnes et nocturnes à l’improviste, pour réprimander et punir les élèves qui s’y trouvaient. C’est bien lui qui négocia le retour à Bitam d’Avome Mbélé Rachel épouse Hauger, la première femme de la ville à monter une activité commerciale autour l’hébergement. Elle tenait aussi un bar-restaurant et une boîte de nuit qui participait à l’équilibre moral et psychologique des bitamoises et des bitamois.

 Mort

C’est au cours d’un malheureux accident de voiture sur la route de Mitzic, capitale du département de l’Okano dans le Woleu-Ntem, que Jonas Ovomo Assoumou perdit la vie. Il effectuait notamment le voyage sur Libreville. Nous étions au courant de l’année 1993 et « King Joe » n’avait pour l’heure souffler que 56 bougies tout au long de sa vie.

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