Portrait

Pierre Mamboundou, le dernier monstre sacré de l’opposition gabonaise

Pierre Mamboundou, le dernier monstre sacré de l’opposition gabonaise
Pierre Mamboundou, le dernier monstre sacré de l’opposition gabonaise © 2022 D.R./Info241

Après les affres du second plus grand conflit de la planète, les pays occidentaux se rendirent bien compte que l’apport militaire des troupes coloniales lors des hostilités avait été capital dans leurs efforts de guerre. En guise reconnaissance et de contentement, ces pays colonialistes décidèrent de réorganiser leurs institutions pour démocratiser davantage leurs possessions africaines. Le 27 octobre 1946 en France, la nouvelle constitution est promulguée et donne par la même occasion naissance à la 4ème République placée sous le sceau de « l’Union française ».

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Celles qui n’étaient jusqu’ici encore que des colonies africaines de Marianne devinrent des territoires français d’Outre-Mer après que le statut de citoyen et l’indigénat ne soient totalement éradiqués. C’est à cette même période que vint au monde, dans l’un des territoires français d’Afrique situé en Afrique équatoriale française (AEF), le très respecté et célébrissime homme politique gabonais Pierre Mamboundou Mamboundou (1946-2011).

L’illustre disparu

Les importants et multiples évènements qui ont précédé sa naissance notamment la mise en place de ce nouveau régime républicain sont certainement en corrélation avec l’astre de bonne fortune sous lequel il découvrit la vie terrestre. Au fil des années, cet homme d’une instruction à grande échelle découvrit le goût amer de l’engagement mais aussi l’euphorie des luttes nobles et harassantes sans jamais trahir ses principes et celui qui lui donna mandat de batailler en son nom : le peuple. Retour sur l’existence de Sieur Mamboundou, l’un des premiers symboles de l’exemplarité et de la rigueur politique en terre gabonaise.

 Naissance et vie de famille

Si l’on s’en tient à l’histoire de France qui aussi fut la nôtre durant l’occupation coloniale, Pierre Mamboundou Mamboundou ouvrit les yeux pour la première fois le 6 novembre 1946 au sein de la 4ème République de France en Afrique équatoriale française (AEF) précisément à l’intérieur du territoire français d’Outre-Mer du nom de Gabon. Pierre Mamboundou Mamboundou est précisément né au Sud de ce territoire dans la région de Mouila devenue aujourd’hui la capitale provinciale de la Ngounié constituant la République gabonaise. Sa mère était cultivatrice et son père commerçant. Ils eurent sept enfants et Pierre était le plus âgé de tous.

Un leader sans pareil

Augustine Mamboundou né Augustine Balouki fut la femme qui partagea la vie de Pierre Mamboundou. Ce dernier l’épousa en 1969 alors qu’il n’était âgé que de 23 ans. Augustine était un amour d’enfance de Pierre, ils grandirent tous les deux à Mouila. De leur union naitront cinq enfants à savoir Grégory Mamboundou, Cédrique Mamboundou, Sandra Mamboundou, Joan et Frédérique Mamboundou. Notre protagoniste était d’ethnie Punu.

 Parcours éducatif

Petit, le jeune Mamboundou est envoyé à l’école afin de recevoir une instruction européenne qui le conduira à un emploi responsable pour plus tard, s’occuper convenablement de sa famille. Au primaire, il fréquente d’abord l’école communale A de Mouila et y décroche son Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Puis, Pierre poursuit son premier cycle d’études secondaires toujours dans la ville de Mouila en rejoignant le « collège catholique Saint-Gabriel ».

Après y avoir obtenu son Brevet d’études du premier cycle (BEPC), Pierre Mamboundou atterrit à Libreville pour débuter et achever son second cycle d’études secondaires. Il étudie dans un premier temps au collège catholique Bessieux puis parachève son secondaire au lycée national Léon Mba en y décrochant un baccalauréat scientifique.

Après l’obtention de son baccalauréat au courant des années 1960, Pierre Mamboundou s’envole pour la France. Il décide de poursuivre ses études universitaires dans le Sud de l’Hexagone notamment dans la ville de Perpignan au centre universitaire éponyme de la ville devenue Université de Perpignan Via Domitia en février 1979. Inscrit au sein de la Faculté des sciences, Pierre Mamboundou y sort nanti d’un diplôme d’ingénieur en travaux de communication/télécommunication en 1972.

 Carrière professionnelle

A la fin de ses études en France, Pierre Mamboundou se lance dans l’enseignement en dispensant des cours de physique au Centre régional d’études universitaires de la formation permanente à Perpignan (CREUFOP). C’est en effet par le biais d’un enseignant, dispensant lui aussi des cours de physique, que Pierre Mamboundou intègre la pédagogie sur proposition dudit enseignant. Peu après, il regagne sa patrie et est nommé, le temps d’un moment, certainement par la présidence gabonaise pour prendre les rênes de l’Agence commerciale de télécommunication (ACT).

Pierre Mamboundou participe alors activement à la création d’un Centre national de communication (CENACOM). Mais en 1979, il revient en Hexagone pour afin de grossir les rangs de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) dénommée en ce temps Agence de la Coopération culturelle et technique (ACCT). Pierre Mamboundou y sera tour à tour chef des projets à la direction scientifique et technique de l’ACCT, chargé de mission auprès du secrétaire général de ladite association puis directeur des relations extérieures de l’ACCT.

Un talent oratoire hors norme

Par ailleurs, Pierre Mamboundou est aussi chargé par l’ACCT d’étendre son influence et de plébisciter la langue de Molière à travers le monde notamment en Afrique. Mais notre protagoniste se donne aussi pour mission de veiller à la sauvegarde des pluralités linguistiques africaines. En 1981, Pierre Mamboundou organise dans la ville de Montpellier en France, le Forum de l’agro-alimentaire au bénéfice des 39 pays membres de l’ACCT. L’année qui suit en République centrafricaine dans la ville de Bangui alors capitaine du pays, il organise et veille à la tenue du séminaire sur la programmation, la gestion et l’évaluation de la recherche scientifique.

En 1983 à Yamoussoukro, capitale de la Côte-d’Ivoire, Pierre Mamboundou organise, prépare et veille à ce qu’ait lieu une conférence des Ministres de la recherche scientifique et de l’Enseignement supérieur ; cette même année à Libreville au Gabon, il organise un séminaire au bénéfice des 39 pays membres de l’ACCT portant sur le transfert des technologies. Deux ans plus tard, Pierre Mamboundou organise une conférence des ministres de la communication et le 15ème anniversaire de l’ACCT respectivement au Caire puis à Paris.

Cependant, Pierre Mamboundou intègre en 1988 la très célèbre Société française de physique (SFP), une association d’éminences grises scientifiques d’Hexagone fondée en 1873. Mais l’année d’après marquera un tournant majeur dans la vie de cet illustre intellectuel gabonais.

 Premières eaux troubles

Outre ses activités professionnelles au sein de l’ACCT, Pierre Mamboundou est de plus en plus soucieux des conditions de vie de ses confrères gabonais vivant au pays. La dictature politique instaurée par le président Bongo rend quasiment impossible le développement social et politique de nombreux de ses compatriotes et plusieurs voix s’élèvent pour mettre fin à cette autocratie gangrénée par les malversations politiques et les agissements antidémocratiques des barons du pouvoir composant le Parti-Etat instaurée par Omar Bongo, le tristement célèbre « Parti démocratique gabonais (PDG) ».

C’est pour lutter contre toutes ces inégalités n’ayant aucunement trait à de la démocratie, que Pierre Mamboundou fonde l’Union du peuple gabonais le 14 juillet 1989. La date est encore plus symbolique car elle marque la fête du bicentenaire de la révolution française. En date du 4 octobre 1989, le ciel verdoyant de Pierre Mamboundou s’assombrit brusquement. Il est en effet suspendu de sa fonction de directeur des relations extérieures au sein de l’ACCT. Ne comprenant pas le motif de son éviction, sieur Mamboundou en vient au questionnement réfléchi.

Mais le lendemain de cet évènement malheureux, un éclairci de deux organes français de presse à savoir l’Agence France presse (AFP) et le quotidien « Le Monde » viendra conforter l’idée que Pierre Mamboundou se faisait de cette décision infondée et illégale. En effet, des articles de ces deux médias soulignent qu’il a pris part à une tentative de coup d’Etat dont l’objectif était d’éliminer physiquement le président Omar Bongo. Effaré, le principal accusé n’en revient pas. Il est finalement démis de ses fonctions au sein de l’ACCT le 13 octobre 1989.

Le 5 février de l’année suivante, un arrêté du ministre français de l’intérieur lui soumet injonction de ne résider qu’en Seine-et-Marne ; il réside en effet dans la commune de Chelles localisé dans ledit département avec femme et enfants. Le lendemain, une lettre du préfet dudit département porte à sa connaissance qu’une décision de refus de séjour et une autre d’éloignement le concernant a été prise et qu’il devra quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à compter du 5 février 1990.

Le 7 février 1990, le ministre français de l’Intérieur signe l’arrêté actant son expulsion alertant de « l’urgence absolue et pour nécessités impérieuses tenant à la sécurité publique et à la sûreté de l’Etat ». Une honteuse cabale médiatique est menée contre lui et le présente comme un vulgaire badaud, un assassin sans scrupule voulant porter de sérieux préjudices aux institutions de son pays.

Le 8 février 1990, Pierre Mamboundou est expulsé de France comme un détritus immonde et envoyé tel un infâme voleur en exil à Dakar dans des conditions inhumaines. Le 21 décembre 1990, la Cour gabonaise de Sûreté de l’Etat lui assène le coup ultime : elle le condamne par contumace à dix ans de réclusion criminelle et d’interdiction d’exercer ses droits civiques.

En effet, le seul crime qu’avait commis sieur Mamboundou, c’était celui de lèse-majesté car il faut le préciser, l’arrivée au pouvoir d’Albert Bernard Bongo s’était traduite dans les premières heures par l’instauration d’un parti-Etat communément appelé parti unique dont il serait l’unique maître des horloges et l’instigateur de la réussite sociale de tel ou tel individu ; son prédécesseur, Léon Mba, l’avait déjà instauré en modifiant la loi organique suite au putsch de 1964.

Pour masquer cette supercherie, le chef de l’Etat argument que sa formation politique qu’il voulait une et indivisible servirait à fédérer les gabonais autour d’une seule et même famille politique afin d’éteindre toute forme de division et de solutionner les problématiques ensemble.

A cette époque, le président Bongo est tellement puissant qu’il a droit de décision dans les orientations politiques françaises. C’est en raison de sa manne financière tirée exclusivement du pétrole, mais pas que, qu’il contrôle la classe politique parisienne en leur offrant de temps à autres, de juteux présents et plusieurs mallettes de billets de banque. En somme, c’est bien l’inamovible « roi-président » Bongo qui orchestra l’expulsion de Pierre Mamboundou de l’Hexagone. Dès lors, il y devint alors persona non grata et fut par la même occasion lourdement condamné et dépossédé au Gabon, de ses droits civiques toujours sur les ordres du dirigeant gabonais.

 Exil dakarois et retour en grâce

Exilé en France pour des raisons politiques, Pierre Mamboundou continue sur place sa lutte pour la démocratisation du Gabon. Pendant toute la période de son exil, son intellect le pousse à s’accoutumer aux mœurs du pays, en apprenant le Wolof par exemple, et à étendre son influence politique. D’abord sur place via des étudiants gabonais qu’il n’hésite pas à inviter dans ses différentes rencontres mais aussi par des réseaux estudiantins gabonais qui portent son message un peu partout sur la planète.

Plusieurs de ces jeunes universitaires partageaient la vision de Pierre Mamboundou gravitant autour du respect des droits de l’homme, du pluralisme politique, de la tolérance et de l’alternance. La liberté et la démocratie étaient d’ailleurs la source de jouvence de leurs convictions. Cependant à Dakar, Pierre Mamboundou côtoie un parterre d’intellectuels sénégalais et plusieurs chefs religieux. Il se rendra même à Touba, siège de la confrérie musulmane des mourides ; Touba est une ville sacrée du Sénégal située dans le département de Mbacké et la deuxième ville la plus peuplée du pays. Le but de Pierre Mamboundou était d’avoir une entrevue avec le khalife général de la confrérie Serigne Saliou Mbacké. Chose qu’il obtint.

Par ailleurs, du 23 mars au 19 avril 1990, se tient à Libreville une conférence nationale pour poser les jalons de la démocratisation des institutions et organes politiques par le biais du multipartisme et du développement d’autres libertés individuelles et citoyennes. C’est en effet une volonté marquée du nouveau président socialiste français du nom de François Mitterrand encourageant les Etats africains autocratiques à s’arrimer à l’évolution et aux changements du monde notamment celui occasionné par la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989.

Sentant le vent de la démocratie souffler sur toute l’Afrique et en particulier au Gabon, Pierre Mamboundou introduit un recours le 30 avril 1990 en annulation de son expulsion de France ; voilà déjà 1 an et 9 mois qu’il a été éloigné de sa famille et chassé de l’ACCT sans explication aucune en violation des règles statutaires. Il aura finalement gain de cause bien que tardivement car le jugement ayant été rendu le 10 juillet 1991 et n’ayant été délivré et publié que courant novembre 1991. Lors de la 16ème conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France se déroulant en France dans la commune de la Baule-Escoublac située dans le département de Loire-Atlantique du 19 au 21 juin 1990, le président Mitterrand galvanisa ses hôtes en avisant que le gouvernement français conditionnera son aide publique au développement à la démocratisation et à la bonne gouvernance.

Omar Bongo qui avait déjà amorcé cette démarche au Gabon déclare concernant Pierre Mamboundou lors d’une conférence de presse au moment de ce sommet franco-africain «  J’ai au Gabon, une opposition raisonnable, responsable, entre autres un ministre qui est là (…) Si Monsieur Mamboundou avait fait comme les autres, rentrer au Gabon, faire de l’opposition sur place, je ne pense qu’il serait envoyé à Dakar. Mais lui, il a voulu faire des complots, des coups d’Etat. S’il vient au Gabon demain, il répondra de ses actes puisque ceux qui l’ont suivi sont en détention préventive (…) Il subirait le même sort (…) Qu’il ait le courage de revenir au Gabon, comme çà il sera jugé, condamné, peut-être que je le gracierai, je l’attends  ». Une analyse en guise de bonne presse mais sans toutefois rassurée.

Le 1er novembre 1993, Pierre Mamboundou décide de regagner le Gabon non pas sans tracas en dépit des menaces d’arrestation qui pèsent sur lui ; il avait dû passer une semaine de rétention à l’aéroport international de Dakar Léopold Sédar Senghor (actuellement aéroport international Blaise-Diagne) avant de quitter la terre de la Téranga. Dès son arrivée à Libreville, Pierre Mamboundou introduit au Gabon, un recours en annulation de sa condamnation par contumace prononcée le 21 décembre 1990. La décision de justice sera finalement annulée en raison d’une réaction tardive du ministère public quant au temps prévu juridiquement. Une fois ce soucis solutionné, Pierre Mamboundou rassemble et dynamise ses différents soutiens.

Il tentera par la suite de poser sa candidature pour briguer la magistrature suprême mais celle-ci fut rejetée par la Cour constitutionnelle malgré les contestations de ses partisans. C’est d’ailleurs dans un quartier hyper populaire et difficile de Libreville « Kinguélé » que celui qu’on surnomme tantôt « Pierrot », « Tsakidi » ou encore « Djadji », organise son premier meeting. A la suite du rejet de son dossier devant lui permettre de se présenter à la première élection multipartite de l’histoire politique du pays prévue pour le 5 décembre 1993, la population acquise à sa cause manifeste devant l’édifice du ministère de l’Intérieur mais aussi dans les rues de la capitale le 9 novembre 1993. Malgré ces contestations, la décision de la mère des Cour fut irrévocable.

 Refus d’obtempérer et carrière de député

A l’issue de l’élection présidentielle de 1993, Omar Bongo, président sortant remporte le scrutin. Les résultats sont fortement contestés et plusieurs mouvements d’humeur gagnent le pays. Des émeutes éclatent dans les grandes villes du pays principalement à Libreville et à Port-Gentil. L’opposition crie à la fraude et donc au tripatouillage des bulletins de vote avec comme pratiques anticonstitutionnelles, des bourrages excessifs d’urnes.

Pour mettre un terme à la crise, les autorités de Paris sous l’égide du président français décide d’inviter toutes les parties à prendre part à des négociations pour régler la crise politique dans laquelle le pays est englué. Pierre Mamboundou ne s’y rend pas sentant le piège franco-bongoïste ficelé à l’avance ; il se fait représenter par le secrétaire exécutif de sa formation politique sieur Sébastien Mamboundou Mouyama.

Les tractations donnent naissance aux « Accords de Paris » qui selon l’intéressé ne garantissent en rien des dispositions solides sur la transparence, la crédibilité et l’organisation d’élections libres. C’est un retour politique à la case départ selon Mamboundou qui dresse un tableau peu reluisant de l’opposition qui, se précipitant à la table de discussions, en sort perdante du moins en ce qui concerne l’alternance au Gabon ; certains négociant pour leur bien-être politique assorti de juteux pot-de-vin pour éteindre leurs véhémences. Le gouvernement gabonais devint alors le temple d’une démocratie de partage.

Trois ans après ce malheureux épisode de l’opposition gabonaise, Pierre Mamboundou se présente à la députation briguant le fauteuil de député du département de la Dola pour le compte de la localité de Ndendé au sein de sa province natale. Six adversaires se dressent contre lui mais il gagne tout de même le 1er tour récoltant 44,61% des suffrages. Au second tour, il affronte Lucie Ikapi Bignoumba Madjinou qui avait recueilli 21,39% lors de la première échéance. Son épouse, Augustine Mamboundou née Maloucki, rentre au Gabon pour l’occasion afin de battre campagne aux côtés de son conjoint.

Pierre Mamboundou remporte finalement l’élection et son parti, l’Union du peuple gabonais (UPG) s’enracine profondément dans la région remportant et ne connaîtra aucune défaite au moment des différents scrutins électoraux. Arrivé à l’hémicycle, il est fait président du groupe parlementaire Forces démocratiques unies (FDU) constitué du Forum africain pour la reconstruction (FAR) président par l’ancien vice-président Léon Mbou Yembi, du Parti social-démocrate (PSD) dirigé par Pierre-Claver Maganga Moussavou et bien entendu de l’UPG.

Durant les débats parlementaires, Pierre Mamboundou met à mal la politique générale du gouvernement. Il est tellement au-dessus du lot que certains membres du gouvernement craignent de l’affronter au sein de l’assemblée. Il faut dire que l’homme est un intellectuel chevronné, maîtrisant les différents textes de loi et décelant contours et carences émanant d’eux. Après avoir boycotté les législatives de 2001 dénonçant un manque de dispositions pour la bonne tenue du scrutin, Pierre Mamboundou remporte les législatives de décembre 2006 dans sa circonscription administrative de Ndendé.

 Le maire-bâtisseur de la ville de Ndendé

En 1997, la ville de Ndendé devient une commune à part entière suite au récent aménagement territorial. La même année, Pierre Mamboundou s’y présente lors des élections locales/municipales et sans surprise remporte l’élection. Bien que le conseil municipal de la néo-commune soit constitué de 15 membres dont 6 conseillers pour le parti au pouvoir (PDG) et 2 pour l’Association pour le socialisme au Gabon (APSG), Pierrot mettra tout en œuvre pour accélérer le développement de la commune et de ses environs.

Comme actions en tant qu’édile de Ndendé, Pierre Mamboundou s’active à mettre sur pied une représentation du Trésor public et la construction d’une inspection pédagogique. Il œuvra aussi pour la construction de l’hôtel de ville, l’électrification de la ville et l’augmentation budgétaire de sa bourgade par la mise en place d’une taxe de traversée urbaine qui va considérablement renflouer la manne financière de sa mairie grâce notamment à une juxtaposition de sa localité avec la ville de Lambaréné suite à un accord passé avec l’édile du chef-lieu du Moyen-Ogooué, Berthe Mbéné Mayer. Il lance le bornage d’une route périphérique établissant la liaison entre Ndendé et le Sud du Gabon et fait construire le deuxième hôpital moderne de la ville.

En 2002, de nouvelles élections communales sont organisées au Gabon. Le PDG tente alors de lui ravir son fauteuil de maire de Ndendé par tous les moyens. La fraude s’organise pour évincer « Pierrot ». Le préfet est de mèche dans la combine et les responsables de la commission nationale électorale (CNE) retarde l’officialisation du dépouillement des voix. Plusieurs partisans du « Djadji » dont des femmes venues en grand nombre somme les émissaires de la CNE de déclarer les résultats sortis des urnes car ayant eux-mêmes assistés au comptage des voix bureau de vote par bureau de vote. La victoire de Pierre Mamboundou sera actée tar dans la nuit au grand bonheur de ses supporteurs.

Afin de transformer davantage la localité dont il a la charge, Pierre Mamboundou présente en 2006 au président Bongo un projet de développement global chiffré à plusieurs milliards de nos francs. Bongo s’y aligne et lui promet un financement de 11 milliards 320 millions de FCFA. Mais il n’en sera rien. L’UPG déclarera que seul 1,9 milliard sera décaissé par le ministère de l’Economie et des Finances pour s’acquitter des paiements auprès des entreprises adjudicatrices des marchés. En 2006 toujours, « Pierrot » lance un projet de radiodiffusion pour le compte de la Dola dont l’objectif était de mieux couvrir l’information de la région.

 Présidentielle acte 1er

Tandis qu’il jumèle les postes de maire et de député de la commune de Ndendé, Pierre Mamboundou nourrit l’ambition d’atteindre la magistrature suprême pour sortir le Gabon de la léthargie sociale et économique dans laquelle il s’est enfoncé au fil des années de gouvernance d’Omar Bongo. L’homme se refuse à s’entretenir avec le président dissociant la politique du consensus et le corpus légal. Afin de battre Omar Bongo, Pierre Mamboundou est porté à la tête d’une coalition de partis d’opposition du nom de Haut conseil de la résistance (HCR).

Il s’agit principalement du Parti gabonais du centre indépendant (PGDI), du Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ), du Parti gabonais du progrès (PGP) de Me Pierre-Louis Agondjo Okawé mais aussi du FAR de Léon Mbou Yembit, ancien vice-président du Gabon. L’ex inamovible premier ministre gabonais, Léon Mebiame, apportera aussi son soutien à « Tsakidi » en louant l’honnêteté et l’intégrité de Mamboundou. Mais les résultats le donnent perdant lors de l’élection présidentielle du 6 décembre 1998 et le classe en deuxième place comptabilisant 16,5% des suffrages exprimés contre plus de 66,9% pour le président sortant. Il crie à la fraude et au hold-up électoral à l’endroit du peuple gabonais.

Pour justifier ses propos, Pierre Mamboundou convoque la presse nationale et internationale et lui présente des centaines de fausses pièces d’identité dont se seraient servis certains membres de la communauté étrangère vivant au Gabon. Affirmant avoir eu l’ingénieuse idée de mettre en place des brigades civiles anti-fraude, il remet plus de 400 passeports fallacieux aux journalistes présents lors de son point de presse débusqués par lesdites brigades. Sans réelle conviction, Pierre Mamboundou introduit un recours en annulation du scrutin présidentiel mais le verdict reste inchangé. Le président Bongo l’invite à discuter le 15 décembre 1998 mais il balaie d’un revers de la main la proposition car ne portant aucunement sur l’annulation de l’échéance électorale conflictuelle.

 Présidentielle acte II et première tentative d’assassinat

Le 27 novembre 2005, le Gabon organise sur son sol la troisième élection présidentielle multipartite depuis la démocratisation de la vie politique du pays en 1990. Le scrutin a lieu au mois de novembre et Pierre Mamboundou est de nouveau candidat. Il a largement gagné en popularité et le peuple s’identifie presque totalement à lui à la vue des luttes qu’il mène traduisant profondément les réalités et les aspirations de la population. Son parti ne disposant pas de ressources pécuniaires considérables, il demande à ses partisans de le soutenir financièrement. Des « caisses rouges », couleur de prédilection de « Pierrot », sont alors élaborées pour collecter les fonds.

Il tenait à chaque fois à rappeler que cette couleur relevait de la sanction ultime en référence au carton rouge entraînant l’expulsion d’un joueur dans une compétition sportive. Pierre Mamboundou mène campagne à travers le pays et ses rassemblements refuses du monde. Une marche se tenant le 19 novembre 2005 à sa demande est organisée et rassemble 30 à 40 milles jeunes. A Port-Gentil, ville frondeuse par excellence et capitale économique du Gabon, « Tsakidi » est accueilli comme une véritable rockstar et des milliers de personnes font le déplacement lors de son meeting prévu au quartier dit du « Château » en raison du château d’eau qui s’y trouve.

A Lambaréné, l’homme n’est plus à présenter et masse les foules. A Mouila, son fief politique, c’est la folie. Et que dire de Tchibanga qui emboîte massivement le pas. Dans l’Est du Gabon notamment dans le Haut-Ogooué, base politique d’Omar Bongo, Pierre Mamboundou est empêché de tenir le moindre discours. Son convoi est même attaqué à Okondja. A Gamba, il est même victime de sorcellerie au regard de la disparition de l’avion devant le transporter. Mais pour clore sa campagne, Pierre Mamboundou prévoit le 26 novembre 2005 d’organiser son ultime meeting dans la ville d’Oyem. Craignant l’humiliation, les barons oyémois du PDG s’organisent pour que l’aéronef de « Pierrot » ne puisse pas se poser sur le tarmac de l’aéroport de la capitale provinciale du septentrion.

Le candidat ne tiendra qu’un seul discous dans la province à Bitam en milieu de matinée. C’est finalement à Libreville au quartier Rio que « Tsakidi » tiendra son dernier rassemblement mobilisant plus de 50 milles âmes. Mais à l’issue du scrutin, Omar Bongo Ondimba est déclaré vainqueur avec 79,18% des suffrages tandis que Pierre Mamboundou ne récolte que 13,61% des voix occupant toujours la seconde place. Pierre Mamboundou conteste à nouveau la réélection du président sortant et appel à manifester. Des échauffourées éclatent et une violente confrontation a lieu le 20 mars 2006 entre manifestants et forces de l’ordre surtout à Port-Gentil, fief de l’UPG.

In fine, Pierre Mamboundou décide d’introduire comme le prévoit la constitution, un recours en annulation de la présidentielle mais Marie-Madeleine Mborantsouo, présidente de la Cour constitutionnelle ne courbe point l’échine devant la gravité de la fraude et l’inconstitutionnalité de sa représentation, 5 membres sur les 9 juges violaient les dispositions légales. Mais les tensions entre le PDG et le HCR restent vives car Pierre Mamboundou ne cesse de dénoncer les malversations électorales de Omar Bongo Ondimba & Co ; il dépose même une plainte le 17 mars 2006 contre la République gabonaise au secrétariat de la commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Devenant très gênant pour le pouvoir, la solution finale est envisagée pour sieur Mamboundou. Le 21 mars 2006, un commando de plusieurs hommes cagoulés et armés font irruption à l’intérieur du Quartier général (QG) de l’UPG sis à Awendjé dans le 4ème arrondissement de Libreville. Exfiltré par des membres de sa formation politique, il rate de peu l’élimination et se réfugie à l’ambassade d’Afrique du Sud au Gabon ; en courroux, les chargés de la basse besogne mettent sens dessus dessous ledit QG. Poussé à l’exil dans sa mère patrie, Pierre Mamboundou passe environ 30 jours au sein de la représentation diplomatique sudafricaine.

Le 19 avril 2006, une rencontre historique a lieu entre Pierre Mamboundou et Omar Bongo Ondimba pour la première fois en 20 ans, « Pierrot » n’ayant jamais accepté auparavant de s’asseoir sur la même table que son adversaire. Aux côtés de plusieurs diplomates, le tour de table donne lieu à des négociations qui aboutiront à la réforme du code électoral notamment le nettoyage du fichier électoral, l’ampliation des procès-verbaux (PV) des bureaux de vote à tous les candidats, la mise en place d’un bulletin de vote ainsi que le retour à un collège électoral unique.

Furent prises en compte, les revendications portant sur la refonte du CNE devenant ainsi la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), l’accès des opposants aux médias publics et le financement public de la campagne électorale. Ces pourparlers donnèrent naissance aux fameux « Accords d’Arambo ». Ce butin de guerre de l’opposition tirait sa source de la proposition de loin que Pierre Mamboundou avait introduite le 6 octobre 1999 et qui avait été rejetée au parlement pas les députés de la majorité.

 Présidentielle acte III et deuxième tentative d’assassinat

Le 8 juin 2009, Omar Bongo Ondimba âgé de 73 ans décède à Barcelone après près de 42 ans à la tête de la République gabonaise. L’élection présidentielle anticipée est fixée au 30 août 2009. Pierre Mamboundou se porte à nouveau candidat lors du scrutin sous la bannière de l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR) regroupant l’Alliance nationale des bâtisseurs de Me Séraphin Ndaot Rembogo, l’Union pour la nouvelle république (UPNR) de Louis Gaston Mayila, le Rassemblement national des bûcherons (RNB) de Pierre-André Kombila et le Parti socialiste gabonais d’Augustin Moussavou King et le fils d’Omar Bongo Ondimba, Ali Bongo Ondimba né Alain, fait un passage en force au sein du parti de son père pour être investi candidat du PDG en dépit du choix du parti qui s’était tourné vers Casimir Oyé Mba, ancien premier ministre du pays. Un autre poids lourd du paysage politique gabonais se lance dans la course à cette présidentielle. Il s’agit de André Mba Obame, ancien ministre de l’intérieur d’Omar Bongo Ondimba et ex idéologue du PDG et bien évidemment de l’UPG de Pierre Mamboundou lui-même.

Les chiffres officiels le relègue au 3ème rang avec 25.22% des voix en dépit de son projet de société qui prévoyait entre autres la généralisation des allocations d’études de l’enseignement supérieur, la réduction du train de vie de l’Etat via la suppression des institutions subsidiaires telles que le Sénat, le Conseil économique et sociale (CES) ou encore la vice-présidence, les soins de base gratuits sur l’ensemble du territoire, la généralisation des allocations familiales, la scolarité obligatoire et gratuite de 6 à 16 ans ou encore la restauration de l’autorité de l’Etat.

Par ailleurs, Pierre Mamboundou revendique une fois de plus la victoire en se proclamant vainqueur avec au contraire 39,15% des suffrages exprimés en raison des procès-verbaux (PV) qu’il possède. Il annonce les fournir à la presse tout en mettant au défi ses challengers de fournir des PV prouvant le contraire. Ali Bongo est définitivement déclaré vainqueur du scrutin avec 41,73% des suffrages exprimés soit 141 952 voix. André Mab Obame arrive second avec 25,88% des suffrages correspondant à 88 206 voix.

Prenant part à un sit-in devant le siège de la CENAP le 3 septembre 2009, Pierre Mamboundou et d’autres membres de l’opposition exhortent avec insistance la commission électorale à présenter officiellement les chiffres exacts du scrutin. Une fois de plus, il est la cible d’une unité d’élite de l’armée qui n’hésite pas à lui tirer dessus en le blessant grièvement sans pour autant que son pronostic vital ne soit véritablement engagé. Suite à cet acte odieux, des militants de Pierre Mamboundou pensent que celui-ci a été tué et plongent dans une colère noire.

Des émeutes aussi violentes qu’instantanées éclatent un peu partout dans le pays surtout à Libreville mais encore plus à Port-Gentil. Plusieurs marchés sont pillés, des pneus sont brûlés. Le « Grand village », principal espace de la ville de ventes de produits en tout genre, est défiguré. Quelques jours plus tard, la visite du président par intérim, Rose Francine Rogombé, accompagné d’Ali Bongo permettra d’évaluer l’ampleur des dégâts et le niveau de colère des manifestants.

 Faits d’arme politiques

Un an après la deuxième élection présidentielle multipartite, Pierre Mamboundou humilie littéralement Jean-François Ntoutoume Emane alors chef du gouvernement gabonais. Au cours d’une séance plénière de l’assemblée nationale retransmise à la télévision nationale, le premier ministre présente aux « gardiens » de la maison du peuple la politique générale du gouvernement notamment les prévisions budgétaires pour l’année en cours. Pierre Mamboundou désavoue les chiffres annoncés par Ntoutoume Emane en démontrant qu’ils sont totalement erronés.

A la suite de plusieurs heures de débat, le président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba-Ndama, membre éminent du parti au pouvoir fait appel à la sagesse de Pierre Mamboundou pour mettre un terme au débat. Il lui dira « Lorsqu’on a mis son adversaire à terre, il n’est pas nécessaire de lui jeter le sable au visage ». Ce n’est que par cette intervention de son camarade pédégiste que le premier ministre réussit à sauver sa face, du moins en partie. Au sortir de la crise politique liée au contentieux électoral de 1998, Pierre Mamboundou alors député du département de la Dola compte faire modifier la loi électorale au moyen d’une proposition de loi présenté le 6 octobre 1999 afin de prévenir toute tension sociale issue des différentes échéances électorales.

Cette proposition de loi table sur la suppression des votes par procuration et des ministères techniques, la recomposition de la commission électorale pour la rendre permanente et indépendante, l’introduction du bulletin de vote unique et la remise aux candidats des PV ressortis des bureaux de vote ainsi que la disqualification du ministère de l’Intérieur dans l’organisation du scrutin. La proposition de loi de Pierre Mamboundou stipulait également un élargissement de la commission électorale en la chargeant d’établir les cartes électorales ainsi que les cartes d’électeurs, de prendre en charge leur distribution et de déterminer des centres de vote sur l’ensemble du territoire.

Elle réorganisait dans le même temps la composition de la commission en prônant la parité avec deux présidents, deux vice-présidents et deux secrétaires dont l’un de chacun des postes précités serait acquis à l’opposition. Ladite proposition de loi faisait aussi état du financement public de la campagne électorale ainsi que l’accès des opposants aux organes publics de presse. Les députés pédégistes, majoritaires à l’Assemblée, n’approuva pas l’examen de ladite proposition de loi en invitant son instigateur à aller en discuter avec le chef de l’Etat. Mais « Pierrot » donna à nouveau une leçon à ses collègues du parti au pouvoir en rappelant que l’article 5 de la loi fondamentale clarifie clairement que « La République gabonaise est organisée selon le principe de la séparation de pouvoir ».

Une marche est organisée à Libreville en 2000 et le metteur en scène de cette manifestation qui n’est autre que Pierre Mamboundou invite les parents d’élèves s’interrogeant comme lui sur certains éléments de la liste des fournitures des enfants du primaire et du secondaire tels que la rame de papier ou encore le papier hygiénique, à se mobiliser devant les services de l’Education nationale pour demander l’annulation pure et simple de la mesure.

Quelques jours plus tard, il obtient satisfaction. Aussi, se rendant compte que la célébration de la fête nationale se déroula le 16 août 2002, il introduit une correspondance le 28 août 2002 pour pointer la violation de la Constitution par le gouvernement rappelant que « […] La fête nationale est célébrée le 17 août » comme l’indique l’article 2 de la Constitution gabonaise. En 2003, Pierre Mamboundou se fait à nouveau remarquer en refusant une trêve sociale voulue par Omar Bongo d’une durée de trois ans et proposée aux différents partenaires sociaux.

Pierre Mamboundou fait constater que l’application d’une telle trêve s’opposait au Droit du Travail qui sacralise le droit de grève. Pour ce faire, « Pierrot » compte faire entendre sa voix en organisant une gigantesque marche à Libreville pour s’opposer frontalement à cette volonté du président.

Le rassemblement est finalement prohibé par le ministre de l’Intérieur, le général et consanguin du président Idriss Firmin Ngari. La même année, Pierre Mamboundou introduit une procédure ultra rapide (référé d’heure à heure) au palais de justice de Libreville dans le but de bloquer l’adoption d’une modification constitutionnelle instaurant le vote à un seul tour pour tous les scrutins en République gabonaise. Cette démarche permettra d’empêcher durant plusieurs heures, l’adoption de cette révision de la Constitution dans l’hémicycle, un fait inédit à l’époque jamais relevé dans toute l’histoire politique du pays.

La loi organique portant sur l’organisation de la Haute cour de justice en République gabonaise adoptée en 2009 est aussi l’œuvre de Pierre Mamboundou en tant que parlementaire. Rappelons que dans le but d’être en conformité avec la loi, Pierre Mamboundou abandonna son poste d’édile de la commune de Ndendé en 2007 pour ne se concentrer que sur ses combats politiques à l’Assemblée nationale. Cependant, le recours le plus emblématique de sieur Mamboundou demeure celui introduit à la Cour constitutionnelle après l’élection de décembre novembre 2005.

En 2005 en introduisant son recours à l’annulation du scrutin présidentiel, Pierre Mamboundou bénéficie d’une exception préjudicielle qui lui permet de faire remarquer magistralement à la cour que 5 de ses 9 membres violent les dispositions statutaires de la « Cour suprême » qui limitent à deux, le nombre de mandats des différents membres dont 5 en sont déjà au troisième. Partant de ce constat, une autre disposition légale cloue au pilori la Cour car elle sous-tend « La Cour constitutionnelle ne peut valablement siéger qu’en présence des deux tiers des conseillers membres ».

Mais le gouvernement dépêche sur place un avocat qui, lui aussi, fait véritablement preuve d’amateurisme. Ce dernier vient plaider en faveur de l’équipe gouvernementale mais Pierre Mamboundou, d’un intellect solide et d’une connaissance à l’allure fière, explicite que seul l’avocat du mis en cause à savoir l’avocat de celui possédant l’autorité de nomination soit le seul présent. Pierre Mamboundou s’en prend également à la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsouo, en lui rappelant sa relation personnelle avec le président Bongo avec qui elle a eu des enfants.

Il n’omet pas d’enjoindre à son dossier des copies d’actes d’Etat civil des enfants nés de la relation du chef de l’Etat et de la présidente de la Cour afin d’étayer son accusation. Avec vigueur et sincérité, Pierre Mamboundou met en garde dame Mbourantsouo contre tout jugement inique qu’elle prononcera à l’encontre de la volonté du peuple souverain. C’est à la fin de son plaidoyer qu’il lancera la fameuse phrase « Je vous dénie le droit et la qualité de statuer dans cette affaire ».

 Défense territoriale

Suite à des informations relayées par des organes de presse comme l’hebdomadaire « Le crocodile » ou encore le quotidien « L’Union » faisant état de la vente par le canal de Paul Toungui, André Mba Obame puis René Ndéméo’oo Obiang respectivement ministre des Finances, ministre de l’Intérieur et porte-parole du gouvernement, d’une petite île dénommée « Mbanié » située dans les eaux gabonaises à une dizaine de kilomètres de la côte de la province de l’Estuaire.

Pierre Mamboundou se mue en fervent défenseur du territoire et dépose plainte contre lesdits différents membres du gouvernements pour « Tentative de cession d’une partie du territoire nationale. Ces révélations font grand bruit au sein de la classe politique mais surtout dans les rangs de l’opposition qui s’alarment contre une présumée négociation de vente de la part de certains membres de l’équipe gouvernementale à la Guinée-Equatoriale d’une partie du pays potentiellement très riche en or noir.

Mais pour l’opinion nationale et internationale, le flou demeure et certains pensent même que cet îlot est une propriété de la Guinée voisine ; dans la foulée, le président Ali Bongo consulte Pierre Mamboundou sur le dossier en février 2011 afin d’y voir plus clair. En effet, la crise de 1972 entre le Gabon d’Omar Bongo et la Guinée-Equatoriale de Francisco Macias Nguéma concernant la petite île convoitée n’a pu se solder que par des négociations passées entre l’ancien dictateur équatoguinéen qui selon des voix dissidentes auraient accepter de céder l’îlot au président Bongo le 12 septembre 1974 par le biais d’une convention signée à Malabo après de fortes pressions et d’importants versements d’argent liquide.

Selon Mamboundou, il y a bien eu un accord entre les présidents gabonais et équatoguinéen notamment grâce à la médiation des présidents Marien Ngouabi de la République du Congo et le président Mobutu de la République démocratique du Congo. Revenant sur une page historique plus ancienne, Pierre Mamboundou apporte la clarification ultime sur cette affaire.

En s’appuyant sur une convention de 1900 signée entre l’Espagne et la France, toutes deux ayant respectivement mandat sur la Guinée-Equatoriale et le Gabon, Pierre Mamboundou démontre aisément que la souveraineté de la France sur les îlots Conga, Cocotiers et Mbanié fut actée. C’est ainsi que cette dernière les rétrocéda au Gabon après son accession à la souveraineté nationale comme le prévoyait les accords signés à Paris en juillet 1960.

Après ce brillant et limpide exposé, Ali Bongo fait appel à l’expertise de « Pierrot » sur le sujet afin qu’il fasse partie de la délégation gabonaise devant se rendre à New-York au siège de l’Organisation des nations unies (ONU) pour participer à un tour de table aux côtés de la délégation équatoguinéene qui clame aussi sa souveraineté sur Mbanié.

 Combats socio-économiques

Alors qu’il est toujours député, de nombreux problèmes socio-économiques affectent les gabonais et les organisations dans lesquelles des centaines d’entre eux travaillent connaissant de profonds changements. Au moment où le Gabon décide de privatiser la gabonaise des télécommunications au groupe marocain « Maroc Télécom », Pierre Mamboundou brandit son véto devant le Conseil d’Etat car en examinant le contrat de près, il se rend bien compte que le cocontractant dispose des droits absolument disproportionnés par rapport à ses obligations.

Il énonce alors six causes qui d’après lui activent la sanction d’invalidation de la procédure de cession que sont, la nullité tirée de la condition potestative résultant de l’insertion d’une clause léonine rompant l’égalité des parties devant la convention, la nullité tirée de la confidentialité de la convention de cession, la nullité tirée de l’inexistence du paiement en sus de la nullité de la violation du Code du travail et de la nullité tirée des modalités de paiement. Guy Nzouba-Ndama, qui préside l’Assemblée nationale, mettra tout en œuvre que la nullité tirée de l’inexistence du prix, la nullité tirée des modalités de paiement ne puisse pas développer sur le sujet au sein de l’hémicycle.

Dans le même élan, Pierre Mamboundou se bat sur d’autres fronts de même acabit. Par exemple, il mène une bataille acharnée en faveur de la hausse du point d’indice des fonctionnaires et de la revalorisation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Il assure la défense des 1200 licenciés de la compagnie aérienne nationale « Air Gabon » en dénonçant la liquidation de ladite entité. Dans le même temps, Pierre Mamboundou s’indigne de la privatisation de l’Office des chemins de fer Transgabonais (OCTRA).

Il adresse une correspondance au gouvernement pour l’inciter à accroître son investissement public visant à augmenter le capital de la Compagnie minière de Bélinga (COMIBEL). Par ailleurs, le groupe français Veolia et la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) sont liés par un contrat de concession en matière de fourniture d’eau. Mais pour Pierre Mamboundou, il a lieu aussi de booster le capital de la SEEG afin qu’elle se dote d’un opérateur en électricité dans le but d’offrir aux populations de meilleurs services et de les satisfaire pleinement en raison des nombreuses coupures de courant observée çà et là sur l’ensemble du territoire national.

 Dernier combat politique et tentative de cohabitation politique

Afin d’améliorer le logiciel légal en rapport avec le scrutin électoral, Pierre Mamboundou présenta en qualité d’élu local au sein du Parlement, une autre proposition de loi sur la protection des données personnelles constituant le répertoire biométrique des gabonais. En effet, la biométrie est ici relative à l’identification des personnes en fonctions de leurs caractéristiques biologiques et comportementales à l’instar des empreintes digitales ou de la signature.

Cette proposition de loi fut d’ailleurs adoptée en première lecture à la chambre basse du Parlement puis adoptée plus tard au Sénat. Après qu’il n’ait été gravement blessé lors de la contestation des résultats de la présidentielle de 2009 devant le siège de la CENAP, Pierre Mamboundou se rend en France pour se voir faire des soins. Il faut dire que « Pierrot » a pris de l’âge et les tensions, pressions et agressions qu’il subit n’arrange en rien son bien-être. Pour apaiser l’atmosphère politique au Gabon et taire les rancœurs du peuple, une rencontre entre Ali Bongo et Pierre Mamboundou est organisée en Hexagone.

L’objectif de cette entrevue est de trouver des ententes politiques pour mettre en place une cohabitation réelle. Les postes de vice-président et de premier ministre sont proposés à Pierre Mamboundou mais il décide d’en discuter avec les cadres de sa coalition et de son parti pour prendre la décision qui sied. Le 21 novembre 2010, le « champion du peuple » est de retour au pays. Des milliers de ses partisans sont venus l’accueillir à l’aéroport international Léon Mba ainsi que plusieurs de ses proches et de ses alliés politiques.

Au cours d’un conférence de presse organisée pour l’occasion, il convie le peuple gabonais à continuer de le soutenir au regard des décisions qui seront prises très bientôt. Il ne manque d’adresser sa gratitude au président français, Nicolas Sarkozy, ainsi qu’à l’ensemble de son gouvernement pour avoir pris en charge ses soins médicaux. Vent debout, Pierre Mamboundou fait son retour dans l’arène politique et intensifie sa lutte concernant la constitution du fichier électoral en prêchant avec ferveur pour la mise en place des données biométriques, le dernier grand combat de son existence. Il le rappelle d’ailleurs lors d’un meeting organisé dans le premier arrondissement de la commune de Libreville aux quartier « carrefour charbonnages ».

Bien qu’un accord avec le président Ali Bongo fût sur le point d’être trouvé, il existait tout de même des points de non consensus qui retardait l’officialisation de l’union. Pierre Mamboundou voulait en effet que cette cohabitation soit celle du peuple, c’est-à-dire en adéquation avec les aspirations profondes des gabonais pour embellir leur quotidien et améliorer leurs conditions socio-économiques. Plus tard, il affirmera qu’il est finalement pressenti pour occuper la fonction de vice-président. Vers la fin de sa vie, Pierre Mamboundou adoucira sa verve envers la France qui lui a toujours reproché sa témérité et son refus de dialogue.

Sur les conseils des sages de la République et de responsables politiques français, Pierre Mamboundou se montrera plus conciliant avec ses ennemis. Mais il tenait à ce que soit introduite la biométrie à chaque scrutin électoral, gage de transparence notamment pour les législatives à venir du 17 décembre 2011. Le 1er octobre 2011, il participe à une manifestation des cadors de l’opposition pour demander que soit reportée à 2012 ladite élection afin de permettre la mise en place effective de la biométrie lors du scrutin.

 Traits et spiritualité

On dit de Pierre Mamboundou qu’il était très élevé en esprit. Sa grande taille et ses yeux au grand panorama ajoutait davantage du poids à sa présence. Il était d’ailleurs difficile de tenir un échange avec lui en le regardant fixement dans les yeux. L’homme était d’une culture riche et variée, incommensurable pour tout dire. Sa rhétorique ne jalousait pas celle des membres de l’Académie française et sa force d’imagination et d’inspiration était d’un brio tétanisant. D’intellectuel, il en possédait toute la substance.

Né dans le Sud du Gabon réputé pour son mysticisme et son ancrage dans les traditions ancestrales, Pierre Mamboundou a grandi dans cet environnement et aurait très certainement bénéficié de l’héritage mystico-spirituel de son ascendance paternelle voire maternelle. Plusieurs allégations dans les milieux populaires gabonais font état de grandeur dans le monde métaphysique, le relayant même au-dessus du président Bongo qui serait à des rangs bien inférieurs que sieur Mamboundou dans une confrérie ésotérique appelée « Franc maçonnerie » dont les membres se définissent comme des « Bâtisseurs » servant le « Grand Architecte de l’univers ». Certains politiciens seraient de cet avis et reconnaîtraient à Pierre Mamboundou, la doyenneté spirituelle par rapport au feu président.

Pour illustrer leurs affirmations, politiciens et gabonais lambda affirment que lors de l’assaut des forces armées au QG de Pierre Mamboundou, ce dernier se serait transformait en blatte pour échapper à son assassinat programmé. Aussi, c’est Pierre Mamboundou qui aurait conseillé le président de ne pas se rendre à un dîner qui aurait coûté la vie à Georges Rawiri, alter égo d’Omar Bongo. Pour le savoir « Pierrot » aurait léviter spirituellement communément appelé au Gabon « sortir en vampire ».

Cependant, Pierre Mamboundou aurait eu des discordes avec des responsables traditionnels de sa contrée. Ces derniers, alliés de « Pierrot » dans le temps, auraient demandé à l’intéressé de leur restituer des amulettes et autres gris-gris qu’ils lui aurait offerts. De plus, au mois de mars 2011, le secrétaire général démissionnaire de l’UPG accuse Pierre Mamboundou d’avoir voulu l’empoisonner et d’avoir tenté de commettre sur lui des actes de sorcellerie.

Il s’agit de Richard Moulomba Mombo, un ex étudiant gabonais dont « Pierrot » s’était profondément attaché à Dakar au moment de son exil. C’est aussi lors de cette sortie que l’accusateur avança que la campagne présidentielle de 2005 de Pierre Mamboundou avait été entièrement financée par Ali Bongo, fils de son principal adversaire Omar Bongo Ondimba.

 Le tam-tam s’est tût

Le 15 octobre 2011 au soir, le tam-tam qui servait de messager pour exprimer les désirs profonds du village cesse à tout jamais de tambouriner. Pierre Mamboundou Mamboundou rejoint le monde de l’invisible à 65 ans en raison d’une crise cardiaque. Celle-ci le foudroie alors qu’il est chez lui, quelques heures après avoir pris part à la traditionnelle rencontre hebdomadaire du Conseil exécutif de sa formation politique. La chaîne nationale interrompt ses programmes pour communiquer sur la disparition de « Pierrot ».

Ali Bongo s’empressa de présenter ses condoléances à la famille et se rendit même au domicile du disparu pour apporter son soutien à la famille éplorée. Dans la capitale, une marche est organisée pour lui rendre un digne hommage afin de valoriser l’homme d’Etat qu’il était, plus soucieux du peuple que de sa panse. Après que sa dépouille ne soit exposée dans la capitale gabonaise devant une foule indénombrable, la même mobilisation sera tout aussi remarquée à Mouila et à Ndendé.

Les autres villes du Gabon emboitèrent le pas du deuil national, se souvenant des marches militantes auxquelles s’adonnait à cœur joie « Pierrot », « Tsakidi » ou encore « Djadji ». La dépouille de ce trésor national de la politique gabonaise a été inhumée à Ndendé à côté de la sépulture de Paul-Marie Yembit, ancien vice-président du Gabon. La mairie de Ndendé qu’il fit construire se situe juste en face de la demeure éternelle de Pierre Mamboundou.

Au sein de l’Assemblée nationale française, nombreux sont les parlementaires qui signent le livre de condoléances à l’endroit de Pierre Mamboundou. François Hollande, futur président de la France mais député en ce temps, souligne son combat pour la démocratie et la liberté. Nicolas Sarkozy, président de la République française, fait parvenir une correspondance à la famille du défunt pour lui présenter ses condoléances. Mais des doutes demeurent sur la mort de l’opposant. Des cancans font état d’un meurtre lent et ingénieux avec préméditation.

En effet pour les colporteurs de ces accusations, Pierre Mamboundou partageait depuis un certain temps sa chambre à coucher avec l’une des parentes de Guy Nzouba-Ndama, président de l’Assemblée nationale, et c’est cette dernière qui aurait empoisonné à très petite dose le défunt et ce pendant une longue période. D’aucuns énoncent un assassinant qui aurait été planifié par le pouvoir avec la complicité de certains membres de sa famille et de quelques cadres de son parti. Mais aucune de ces hypothèses n’a jamais été prouvé. Quoi qu’il en soit, Pierre Mamboundou ne rallia jamais les rangs du parti au pouvoir pour quelque poste ministériel que ce soit ou des intérêts personnels et ce jusqu’à la fin de son existence après 22 ans de lutte politique.

 Reconnaissance et héritage sectionné

Le dernier combat de Pierre Mamboundou fut celui de la révision du fichier électoral via le stockage et la sécurité des données biométriques. En date du 10 février 2012, le gouvernement gabonais annonça par le canal de son ministre de l’Intérieur, Jean-François Ndongou, l’élaboration d’une liste électorale via l’entrée en vigueur des paramètres biométriques dont l’application sera optimale lors des élections de 2013 en soulignant que celles de 2012 permettront d’expérimenter cette technologie.

En effet, cette mesure faisait suite à la proposition de loi de Pierre Mamboundou portant protection des données à caractère personnel. L’avocat sénégalais de la Cour de Dakar, Me Papa Laïty Ndiaye, rédigea en 1992 une plaidoirie en hommage à la lutte de Pierre Mamboundou pour la démocratie et la liberté en dépit des harcèlements et des menaces qu’il subissait. Cette complainte décrocha le 1er prix du troisième concours international de plaidoiries organisé par le musée « Le Mémorial » dans la ville de Caen en France.

Le 8 mars 2019 paraît une œuvre de l’écrivain et journaliste gabonais Serge Kevin Biyoghé intitulé « PIERRE MAMBOUNDOU : Le fin limier politique » qui dresse la biographie de « Pierrot », environ huit ans après son décès. Après sa disparition, plusieurs cadres de son parti se disputent le leadership et s’entredéchirent. Il s’agit principalement de Richard Moulomba Mombo, David Mbadinga, Jean-Marie Maguéna, Mathieu Mboumba Nziengui, Jean de Dieu Moukagni Iwangou ou encore David Mbadinga.

L’UPG se retrouve morcelée, chacun créant sa mouvance. Beaucoup d’observateurs politique nationaux et internationaux ont d’ailleurs fait constater que cette malencontreuse situation relevait de la responsabilité de Pierre Mamboundou qui de son vivant, n’avait jamais songé à désigner son successeur.

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